L’élection présidentielle américaine de 2024 soulève des questions cruciales pour le commerce maritime mondial, en particulier pour les expéditeurs qui dépendent des échanges transatlantiques et transpacifiques avec les États-Unis. Alors que les candidats Donald Trump et Kamala Harris se disputent la Maison-Blanche, l’incertitude économique autour des tarifs douaniers et des politiques commerciales pèse lourdement sur les acteurs du secteur maritime.
Les tarifs douaniers : un enjeu central
L’une des principales préoccupations du secteur maritime concerne la politique tarifaire des États-Unis. Donald Trump, lors de son mandat précédent, avait instauré une série de tarifs douaniers agressifs, notamment envers la Chine, qui ont entraîné des perturbations dans les flux commerciaux mondiaux. En cas de retour au pouvoir, Trump a clairement exprimé son intention de renforcer encore ces mesures avec des tarifs pouvant atteindre 100 % sur certains produits chinois. Il justifie cette politique par l’idée que la Chine « triche » dans le commerce mondial.
Cette approche protectionniste a des répercussions directes sur les expéditeurs maritimes, qui doivent non seulement réajuster leurs routes commerciales, mais aussi composer avec une augmentation des coûts logistiques. Ces hausses de tarifs affectent non seulement les échanges entre les États-Unis et la Chine, mais elles influencent également les relations commerciales transatlantiques avec l’Europe. Peter Sand, analyste en chef chez Xeneta, souligne que « tout le monde faisant des affaires avec les États-Unis devrait se sentir concerné ».
Kamala Harris : continuité ou changement ?
Bien que Kamala Harris représente l’opposition à Trump, son approche en matière de tarifs douaniers ne diffère pas fondamentalement de celle de l’administration Biden actuelle. Les tarifs imposés par Donald Trump lors de son premier mandat ont été maintenus, et il est peu probable qu’ils soient levés immédiatement en cas de victoire de Harris. Au contraire, une poursuite, voire une augmentation du protectionnisme, pourrait se dessiner sous une présidence Harris.
Cette incertitude crée un environnement particulièrement instable pour les expéditeurs maritimes. Peter Sand avertit que l’absence de visibilité sur les futurs tarifs, qu’ils proviennent d’un gouvernement Trump ou Harris, rend la planification commerciale très complexe. Pour les entreprises internationales, « ne pas savoir quels tarifs attendre cause de l’incertitude », un facteur qui freine les investissements et la fluidité des échanges commerciaux.
Répercussions sur les échanges transatlantiques et transpacifiques
Le commerce maritime entre l’Europe, l’Asie et les États-Unis est particulièrement vulnérable face à l’incertitude politique et économique américaine. En 2023, les tarifs du transport de conteneurs entre l’Europe du Nord et les États-Unis ont connu une hausse significative, augmentant de 64,68 % par rapport à l’année précédente. De même, les tarifs sur les routes entre la Méditerranée et les États-Unis ont bondi de 43,73 %. Ces augmentations sont en partie dues aux tensions commerciales croissantes et à la redistribution des capacités de transport, notamment avec la réaffectation des navires vers les routes plus lucratives entre l’Asie et l’Europe.
Le repositionnement des navires par des compagnies maritimes comme CMA CGM et Evergreen témoigne de l’importance croissante du marché asiatique, souvent considéré comme plus rentable que le marché transatlantique. En 2024, CMA CGM a réduit ses services sur l’Atlantique, passant de 15 navires en 2023 à seulement huit navires en 2024, une tendance similaire observée chez Evergreen. Ce transfert de capacité de l’Atlantique vers le Pacifique illustre les défis auxquels font face les expéditeurs transatlantiques, confrontés à une diminution de l’offre et à une hausse des coûts.
Le rôle de l’Europe dans les échanges avec les États-Unis
Alors que les tensions commerciales entre les États-Unis et la Chine continuent d’influencer le commerce mondial, l’Europe n’a pas la même stratégie de confrontation économique. Selon Peter Sand, les gouvernements européens devraient réagir rapidement si Donald Trump met en œuvre ses politiques tarifaires strictes. Cela pourrait entraîner une augmentation des prix à la consommation, une baisse de la qualité des produits disponibles et une réduction du choix pour les consommateurs européens. Cependant, malgré les tensions, le volume des échanges transatlantiques reste relativement stable.
Selon Darron Wadey, analyste chez Dynamar, les transporteurs maritimes anticipent déjà ces perturbations potentielles et se préparent avec des plans d’urgence pour maintenir les services commerciaux entre l’Europe et les États-Unis. Toutefois, il observe que certains expéditeurs ont déjà pris des mesures préventives, en accélérant leurs importations en prévision d’une hausse des tarifs après l’élection.
L’impact des grèves sur la côte Est des États-Unis
Outre les tarifs douaniers, les expéditeurs maritimes surveillent également de près les risques de grèves dans les ports de la côte Est des États-Unis. Des grèves sont prévues pour octobre 2024, ce qui pourrait entraîner des perturbations majeures dans les chaînes d’approvisionnement. Ces grèves viennent s’ajouter aux répercussions des conflits géopolitiques, notamment les détournements de routes via la mer Rouge, qui ont provoqué une redistribution de la capacité des navires vers des routes plus rentables.
Le marché transatlantique a été particulièrement touché par ces détournements, avec une capacité de transport réduite de 18,6 % entre 2023 et 2024, selon les données de MDS Transmodal. Les entreprises européennes et américaines doivent donc composer avec une offre de transport maritime limitée, ce qui fait grimper les coûts et complique la planification des expéditions.
Perspectives pour 2024 et au-delà
Alors que l’élection américaine de novembre 2024 approche, les expéditeurs maritimes doivent prendre des décisions stratégiques en fonction de l’évolution politique. Bien que certains aient anticipé les hausses tarifaires en accélérant leurs importations, d’autres disposent encore de quelques mois pour ajuster leurs opérations avant l’investiture du nouveau président en janvier 2025.
Les perspectives à long terme pour le commerce maritime avec les États-Unis dépendront largement des politiques économiques du futur président. Si Donald Trump est réélu, les expéditeurs peuvent s’attendre à une intensification des tensions commerciales avec des tarifs plus élevés, ce qui pourrait freiner le commerce mondial et renforcer les politiques protectionnistes. En revanche, une présidence Harris pourrait maintenir une approche similaire à celle de l’administration Biden, avec un maintien des tarifs actuels, mais peut-être une plus grande ouverture au dialogue multilatéral.