La congestion au port de Radès se lit d’abord dans le parc, pas sur les quais. Quand les conteneurs restent trop longtemps sur les terre-pleins, chaque mouvement devient plus lent, puis les navires attendent en rade. Ce diagnostic est désormais posé au plus haut niveau. Cet article analyse le mécanisme du séjour prolongé (dwell time), ses causes, et les leviers que les ports de référence ont mis en œuvre.

L’essentiel en 30 secondes
- Le port de Radès porte environ 58 % des échanges extérieurs de la Tunisie.
- En décembre 2025, le ministre des Transports a désigné les conteneurs à séjour prolongé comme l’un des principaux facteurs de congestion.
- Les grands ports internationaux sortent leurs conteneurs en 3 à 4 jours en moyenne.
- Les leviers décisifs : donnée partagée, tarification dissuasive du stockage, pré-dédouanement et rendez-vous camions.
Radès, poumon du commerce extérieur tunisien
Radès porte environ 58 % des échanges du pays, selon Ports Europe (mars 2026). Toute journée perdue sur ses terre-pleins se répercute donc sur la compétitivité de l’ensemble du tissu exportateur.
La pression est montée en 2025. En septembre, des opérateurs économiques faisaient état de délais de congestion de l’ordre de 21 jours (Ports Europe). Le 22 décembre 2025, le ministre des Transports, Rachid Amri, a effectué une visite inopinée du port pour suivre la mise en œuvre des recommandations de son département (Webdo).
Le 20 avril 2026, devant le Parlement, le ministre a présenté un plan de modernisation (La Presse, via AllAfrica) :
- acquisition de trois nouveaux chariots cavaliers et de divers engins de levage entre fin 2025 et le premier trimestre 2026 ;
- commande de grues de dernière génération, annoncée pour réception à partir de septembre 2026 ;
- mesures de fluidification présentées comme ayant réduit de moitié l’encombrement par rapport aux années précédentes.
L’équipement progresse. Reste un facteur que les engins seuls ne règlent pas : le temps que chaque conteneur passe dans le port.
Le dwell time : l’indicateur qui gouverne le parc
Le dwell time (temps de séjour) mesure le nombre de jours entre le débarquement d’un conteneur et sa sortie du terminal. C’est l’indicateur qui détermine la capacité réelle d’un parc, bien plus que sa surface.
Le raisonnement est arithmétique : la capacité annuelle d’un parc dépend du nombre d’emplacements, de la hauteur de gerbage et du nombre de rotations par an. Un séjour moyen qui double divise par deux la capacité disponible, à surface constante.
Quand le séjour s’allonge, l’enchaînement est toujours le même :
- Le taux d’occupation du parc dépasse le seuil de travail confortable, généralement situé autour de 70 à 80 %.
- Les gerbes montent et les conteneurs recherchés se trouvent sous d’autres : chaque livraison exige des remaniements improductifs.
- Les engins passent plus de temps en parc, les camions attendent aux portes et le rythme de déchargement à quai ralentit.
- Les navires restent plus longtemps à quai, puis les suivants attendent en rade. Les surestaries et les surcoûts se répercutent sur le chargeur.
Pour le détail des opérations de sortie, voir notre guide sur la gestion de la livraison des conteneurs dans les terminaux.
Pourquoi les conteneurs restent : une responsabilité partagée
Le séjour prolongé n’a pas un responsable unique : il naît de la somme des délais de chaque maillon. Le ministre l’a d’ailleurs traité comme un problème collectif en décembre 2025, en demandant de convoquer les propriétaires des conteneurs concernés et de transférer les boîtes regroupées vers des espaces dédiés, en coordination avec la douane.
| Maillon | Ce qui allonge le séjour | Levier |
|---|---|---|
| Importateur | Le port sert d’entrepôt bon marché ; enlèvement différé faute de trésorerie ou de place | Tarification de magasinage progressive et dissuasive |
| Transitaire | Dossier incomplet, déclaration tardive | Pré-dédouanement avant l’arrivée du navire |
| Contrôles | Visites physiques, analyses, procédures en suspens | Ciblage par analyse de risque, guichet unique dématérialisé |
| Marchandises en souffrance | Conteneurs abandonnés ou en litige qui occupent durablement le parc | Procédure accélérée de transfert et de vente |
| Transport terrestre | Camions indisponibles, créneaux d’enlèvement mal répartis | Rendez-vous camions, enlèvement de nuit |
| Terminal | Données de parc imprécises, remaniements | TOS fiable et pilotage du parc en temps réel |
Le constat est net : l’acconier ne maîtrise qu’une ligne sur six. Fluidifier Radès suppose une gouvernance commune de la donnée et des délais. Sur le rôle du système d’exploitation du terminal, lire notre dossier TOS portuaire : définition, modules et mise en œuvre.
Ce que font les ports de référence
Les ports performants ne stockent pas mieux : ils font sortir les conteneurs plus vite. La référence de la Banque mondiale reste parlante : un séjour moyen d’environ 3 à 4 jours dans la plupart des grands ports internationaux, contre près de 20 jours dans la majorité des ports d’Afrique subsaharienne (Banque mondiale, 2012). La même étude montre qu’à Douala, le port restait l’option de stockage la moins chère pendant les 22 premiers jours.
| Port | Levier mis en œuvre | Résultat ou règle observée |
|---|---|---|
| Maroc (PortNet, Tanger Med) | Guichet unique national ; nouveau portail des procédures du commerce extérieur lancé en 2026 avec l’ANP, TMPA et la douane | Objectif affiché : jusqu’à 50 % de gain de temps sur les procédures (Médias24) |
| Casablanca | Franchise import de 5 jours ouvrables, magasinage par paliers, transfert des pleins non évacués vers une zone « longs séjours » au-delà du 15e jour | Le séjour subi devient payant et sort du parc opérationnel (CasaInvest) |
| Casablanca (historique) | Indicateurs de séjour publiés par PortNet et analysés en commissions inter-acteurs | Séjour moyen passé de 11,5 à 6,2 jours entre 2013 et 2015 (La Vie Éco) |
| Rotterdam (Portbase) | Pré-notification obligatoire des camions via le Port Community System, code de rendez-vous et créneaux horaires | Visites terminal plus rapides de plus de 20 minutes en moyenne (Portbase) |
| Durban | Franchise courte et gouvernance associant tous les acteurs du port | Séjour moyen d’environ 4 jours (Mail & Guardian) |
Le fil commun est triple : une donnée partagée entre tous les acteurs, une tarification qui rend le stockage portuaire plus cher que l’entrepôt, et une séparation physique entre parc opérationnel et zone de longs séjours.
Une feuille de route en trois horizons
Les équipements annoncés en 2026 traitent la productivité. Pour traiter le séjour, les leviers suivants peuvent être engagés par étapes, du plus rapide au plus structurant.
COURT TERME · 0 À 6 MOIS
- Publier chaque mois le dwell time par catégorie (import, export, vides, souffrance).
- Traiter en priorité les conteneurs en souffrance et les sortir du parc opérationnel.
MOYEN TERME · 6 À 18 MOIS
- Tarification de magasinage progressive après une franchise courte.
- Pré-dédouanement et ciblage des contrôles.
- Rendez-vous camions et pré-notification des enlèvements.
LONG TERME · 18 MOIS ET PLUS
- Port Community System national interconnecté aux TOS des terminaux.
- Zones logistiques et ports secs en arrière-port pour les longs séjours.
Aucun de ces leviers n’exige un nouveau quai. Ils exigent une décision partagée sur la donnée, les délais et le prix du temps. Pour aller plus loin sur la digitalisation, voir la gestion numérique des opérations des terminaux à conteneurs et notre guide Acconage en Tunisie : définition, cadre légal et acteurs.
Questions fréquentes sur la congestion du port de Radès
Qu’est-ce que le dwell time d’un conteneur ?
C’est la durée, en jours, entre le débarquement d’un conteneur et sa sortie du terminal. Les grands ports internationaux visent 3 à 4 jours en moyenne.
Pourquoi le port de Radès est-il congestionné ?
Plusieurs facteurs s’additionnent : équipements vieillissants, procédures longues et conteneurs à séjour prolongé. Ce dernier point a été désigné par le ministre des Transports, en décembre 2025, comme l’un des principaux facteurs de congestion.
Quelles mesures ont été annoncées en 2026 ?
Le ministère a annoncé l’acquisition de trois chariots cavaliers et d’engins de levage, une commande de grues de dernière génération et des mesures de fluidification qui auraient réduit de moitié l’encombrement.
Comment réduire le séjour des conteneurs dans un port ?
Les leviers éprouvés sont la publication des indicateurs, une franchise courte suivie d’une tarification progressive, le pré-dédouanement, les rendez-vous camions et un Port Community System partagé par tous les acteurs.
Conclusion : la fluidité est une chaîne
Radès a engagé l’effort sur les équipements et revendique une division par deux de l’encombrement. La prochaine marche porte sur le temps : mesurer le séjour, le publier, et rendre chaque jour de stockage portuaire plus coûteux qu’une solution hors port. Une chaîne logistique ne va jamais plus vite que son maillon le plus lent.
Et vous ? Quel levier aurait selon vous l’effet le plus rapide à Radès : la tarification, le pré-dédouanement ou les rendez-vous camions ? Partagez votre analyse en commentaire.
Sources : Webdo (23 décembre 2025) ; La Presse via AllAfrica (20 avril 2026) ; Ports Europe (2025-2026) ; Banque mondiale, Why Does Cargo Spend Weeks in Sub-Saharan African Ports? (2012) ; Médias24 (18 mai 2026) ; CasaInvest (2025) ; La Vie Éco ; Portbase ; Mail & Guardian (2013). Données arrêtées au 27 octobre 2026.

