Un TOS portuaire (Terminal Operating System) est le logiciel qui pilote un terminal : il décide où poser chaque conteneur, quelle grue le prend, quel camion le livre et quand le navire peut appareiller. Ce guide explique comment fonctionne un TOS, quels sont ses modules, qui sont les principaux éditeurs (dont Navis N4), ce qu’a montré le déploiement au port de Radès et comment réussir un projet de mise en œuvre.

L’essentiel en 30 secondes
- Le TOS centralise la planification des navires, du parc, des engins et des portes du terminal, ainsi que la facturation et les échanges EDI.
- Navis N4 (groupe Kaleris) est le TOS « packagé » de référence, avec plus de 350 sites en exploitation selon l’éditeur.
- Au port de Radès, un TOS est entré en exploitation progressive à partir du 2 décembre 2019, dans le cadre du plan d’investissement de la STAM.
- La réussite d’un projet TOS dépend autant de la conduite du changement que du logiciel.
Qu’est-ce qu’un TOS portuaire ?
Un Terminal Operating System est une plateforme logicielle spécialisée qui gère et optimise les opérations d’un terminal : manutention des conteneurs, stockage sur le parc et travail à bord des navires. DP World le résume ainsi dans son glossaire : suivi en temps réel des positions sur le parc, planification de l’ordre de chargement et de déchargement, régulation des entrées et sorties de camions et intégration avec les systèmes douaniers et logistiques.
Concrètement, le TOS remplace les tableaux, les plans papier et la radio par un modèle numérique unique du terminal. Chaque conteneur y a une position, un statut (plein, vide, bloqué en douane, prêt à livrer) et une histoire. Chaque engin reçoit ses ordres de travail sur un terminal embarqué. Pour replacer le TOS dans la chaîne globale, voir notre guide Acconage en Tunisie : définition, cadre légal et acteurs.
Les 6 modules d’un TOS portuaire
Quel que soit l’éditeur, un TOS de terminal à conteneurs s’organise autour de six grandes fonctions :
MODULE 1
Planification des postes à quai
Berth planning : affectation des navires aux postes, fenêtres d’escale, allocation des grues de quai.
MODULE 2
Planification navire
Vessel planning : séquence de déchargement et de chargement, plan d’arrimage, respect de la stabilité.
MODULE 3
Gestion du parc
Yard planning : règles de gerbage par navire, poids et destination, pour limiter les remaniements.
MODULE 4
Contrôle des engins
Ordres de travail envoyés aux portiques, RTG, cavaliers et tracteurs ; suivi en temps réel.
MODULE 5
Gestion des portes
Gate : rendez-vous camions, contrôles, lecture des numéros de conteneurs, pesage, sortie.
MODULE 6
Facturation et EDI
Tarification des prestations, factures, et échanges de messages avec les armateurs (BAPLIE, COPRAR, CODECO…).
Les modules de planification sont détaillés dans nos articles sur la planification des terminaux de conteneurs et la gestion du chargement des navires.
Comment fonctionne un TOS au quotidien ?
Le parcours d’un conteneur à l’import illustre le rôle du TOS à chaque étape :
- Avant l’escale : l’armateur transmet le plan de chargement du navire par EDI ; le TOS crée les conteneurs attendus et prépare leurs emplacements sur le parc.
- Au déchargement : le planificateur valide la séquence ; chaque grue reçoit ses mouvements, et chaque conteneur déchargé est confirmé dans le système.
- Sur le parc : le TOS attribue la position de stockage et l’engin qui s’en charge, puis met à jour la carte du parc en temps réel.
- Pendant le séjour : les statuts évoluent (mainlevée douanière, paiement, blocages) ; les frais de magasinage sont calculés automatiquement.
- À la livraison : le camion se présente à la porte ; le TOS vérifie les autorisations, lance l’ordre de reprise et enregistre la sortie.
Pour la partie terrain de ces étapes, voir la gestion du déchargement des navires et la gestion de la livraison des conteneurs.
Les principaux éditeurs de TOS
Le marché est concentré. Une étude de Thetius (2022) recense une vingtaine de TOS établis, détenus par 17 organisations, et décrit Navis comme le leader des TOS packagés pour conteneurs.
| Solution | Éditeur | Profil |
|---|---|---|
| Navis N4 | Kaleris | Terminaux à conteneurs de toute taille, y compris automatisés |
| Octopi | Kaleris | TOS en mode cloud (SaaS) pour petits et moyens terminaux |
| Master Terminal | Kaleris | Terminaux multi-trafics : vracs, marchandises diverses, conteneurs |
| OPUS Terminal | CyberLogitec | Terminaux à conteneurs, forte présence en Asie |
| DynaPORT | TCS | TOS de nouvelle génération pour terminaux à conteneurs |
| Systèmes maison | Grands opérateurs | Développements internes de certains groupes mondiaux (ex. nGen chez Hutchison Ports) |
Navis N4 : le TOS de référence
Selon Kaleris, Navis N4 compte plus de 350 sites en exploitation et peut gérer jusqu’à 12 millions d’EVP sur un seul site. Ses points forts :
- Modules d’optimisation pour la planification navire, parc et engins ;
- Prise en charge de l’automatisation : portiques de stockage automatisés, AGV, camions autonomes ;
- Extensibilité grâce à des scripts en langage Groovy, qui permettent d’adapter les règles métier sans modifier le cœur du produit ;
- Facturation intégrée (N4 Billing) et intégration par EDI et API ;
- N4 as a Service : une version hébergée pour les terminaux qui veulent réduire leur infrastructure informatique.
Pour un cas concret de déploiement, lire notre étude Navis N4 chez TEAGTL : réduction des temps d’attente des navires.
Le TOS au port de Radès : retour sur le déploiement de 2019
Le port de Radès, principal port à conteneurs de Tunisie, a mis en service un TOS en décembre 2019. D’après L’Économiste maghrébin, le système est entré en exploitation progressive à partir du 2 décembre 2019. Il s’inscrivait dans le plan d’investissement de la STAM financé par la Banque mondiale (programme PDE III, 76 millions de dinars cités), qui comprenait aussi :
- un Smart Gate pour gérer les flux à l’entrée et à la sortie du terminal ;
- six nouveaux portiques RTG pour augmenter la capacité de stockage ;
- l’objectif de doubler la capacité de stockage du terminal, à 16 000 conteneurs EVP.
Les objectifs affichés étaient le suivi instantané des conteneurs, la réduction des mouvements improductifs, de meilleures cadences et la baisse des coûts de stockage. Les premiers jours ont aussi rappelé une réalité de tout projet TOS : le 5 décembre 2019, des transporteurs routiers ont organisé un sit-in en estimant que le nouveau système ralentissait l’enlèvement des conteneurs. Un TOS change les habitudes de tous les acteurs, au-delà du seul terminal, et cela se prépare.
Réussir la mise en œuvre d’un TOS : 7 étapes
- Diagnostiquer les processus existants : cartographier les flux réels, les exceptions et les irritants avant de choisir un logiciel.
- Rédiger un cahier des charges fonctionnel : volumes, types de trafic, équipements, interfaces obligatoires (douane, guichet unique, armateurs).
- Choisir la solution : produit packagé, SaaS ou développement spécifique, selon la taille et la complexité du terminal.
- Paramétrer et interfacer : règles de parc, tarifs, messages EDI, terminaux embarqués, lecture des numéros de conteneurs aux portes.
- Migrer les données et tester : inventaire physique du parc, tests de bout en bout, simulations d’escale réelles.
- Former et accompagner : planificateurs, conducteurs d’engins, agents de porte, et aussi transitaires et transporteurs.
- Démarrer progressivement et mesurer : démarrage par étapes, cellule de support renforcée, suivi quotidien des indicateurs.
Les indicateurs à suivre après le démarrage
| Indicateur | Ce qu’il mesure |
|---|---|
| Productivité grue | Mouvements par heure et par grue de quai |
| Durée d’escale | Temps passé à quai par navire |
| Temps de rotation camion | Durée entre l’entrée et la sortie d’un camion |
| Taux de remaniement | Mouvements improductifs pour accéder à un conteneur |
| Taux d’occupation du parc | Part de la capacité de stockage utilisée |
| Durée de séjour (dwell time) | Nombre de jours moyen d’un conteneur au port |
Tendances : cloud, IA et automatisation
- Cloud et SaaS : des offres comme Octopi ou N4 as a Service visent les terminaux qui veulent une informatique allégée et un déploiement plus rapide.
- Intelligence artificielle : les TOS récents automatisent des décisions opérationnelles, comme la génération et l’optimisation des ordres de travail des engins.
- Automatisation : le TOS devient le cerveau des terminaux automatisés, en pilotant directement portiques automatiques et véhicules autonomes. Voir Ports intelligents et systèmes robotiques.
- Intégration logistique : le TOS s’ouvre aux plateformes de visibilité de la chaîne d’approvisionnement et aux systèmes communautaires portuaires.
Questions fréquentes sur le TOS portuaire
Quelle est la différence entre un TOS et un PCS ?
Le TOS gère les opérations internes d’un terminal (parc, engins, navires). Le PCS (Port Community System) est une plateforme d’échange d’informations entre tous les acteurs d’un port : douane, armateurs, transitaires, autorité portuaire. Les deux systèmes sont complémentaires et interfacés.
Combien de temps faut-il pour déployer un TOS ?
Cela dépend de la taille du terminal et de la solution. Les offres SaaS standardisées annoncent quelques mois (Kaleris cite 4 à 6 mois pour Octopi), alors qu’un grand terminal avec de nombreuses interfaces et une forte personnalisation demande généralement beaucoup plus.
Un TOS est-il utile pour un terminal de vracs ?
Oui, à condition de choisir une solution adaptée aux trafics mixtes (vracs, marchandises diverses, rouliers), comme Master Terminal, plutôt qu’un TOS conçu uniquement pour les conteneurs.
Navis N4, c’est quoi ?
Navis N4 est le TOS de l’éditeur Navis, aujourd’hui intégré au groupe Kaleris. C’est l’un des systèmes les plus répandus dans les terminaux à conteneurs, des plus petits aux plus automatisés.
Conclusion
Le TOS portuaire est devenu l’outil central de la compétitivité d’un terminal : il conditionne les cadences à quai, la fluidité aux portes et la qualité de service rendue aux armateurs comme aux importateurs. Le choix du logiciel compte, mais l’expérience montre, à Radès comme ailleurs, qu’un projet TOS réussit d’abord par la qualité des processus, des données et de l’accompagnement des équipes et des usagers du port.
Sources : DP World (glossaire) ; Kaleris ; Thetius, TOS Market Overview (2022) ; L’Économiste maghrébin (11 novembre 2019) ; Kapitalis (5 décembre 2019). Données arrêtées au 19 octobre 2026.

