L’acconage est l’ensemble des opérations qui prennent en charge une marchandise à terre dès qu’elle quitte le navire, ou avant qu’elle n’y monte : réception, déplacement, stockage, garde et livraison. Ce maillon, assuré par l’acconier, relie la mer et le transport terrestre. Ce guide explique ce que recouvre l’acconage portuaire, ce qui le distingue de la manutention, comment il se modernise et où en est la Tunisie.
L’essentiel en 30 secondes
- L’acconage couvre la réception, le stockage, la garde et la livraison des marchandises à terre.
- Il se distingue de la manutention, qui porte sur les opérations à bord, même si les deux métiers sont souvent réunis.
- La performance dépend de trois zones : le quai, le transport horizontal et le parc à conteneurs.
- Leviers actuels : logiciel d’exploitation (TOS), automatisation, rendez-vous camions et électrification des quais.
Qu’est-ce que l’acconage ? Définition
L’acconage désigne l’ensemble des opérations réalisées à terre sur les marchandises qui transitent par un port : réception, pointage, déplacement, stockage, garde et livraison au destinataire ou au transporteur. Il se situe à l’interface entre le navire et le transport terrestre, et il est assuré par l’acconier au sein du terminal.
Le mot est souvent écrit « aconage » ou « acconage ». Les deux formes circulent, mais « acconage » est la graphie la plus courante dans le vocabulaire portuaire. L’acconage portuaire concerne tous les types de cargaisons : conteneurs, vrac, marchandises diverses, véhicules, colis lourds.
Acconage et manutention : quelle différence ?
Dans l’usage classique, les deux termes se répartissent ainsi : la manutention concerne les opérations « côté bord » (chargement, déchargement, arrimage), l’acconage concerne les opérations « côté terre ». Dans beaucoup de ports, une seule entreprise assure les deux, d’où l’expression acconage et manutention. Les frontières exactes dépendent du droit et des usages de chaque pays. Pour le détail des opérations, lisez notre article Comprendre la manutention portuaire en 5 étapes.
| Critère | Manutention (côté bord) | Acconage (côté terre) |
|---|---|---|
| Zone | Navire et quai | Terre-plein, parc, magasins |
| Opérations | Chargement, déchargement, arrimage | Réception, pointage, stockage, garde, livraison |
| Client principal | Armateur, consignataire | Chargeur, destinataire, transitaire |
Les trois zones d’intervention de l’acconier
Le terminal moderne s’organise en trois zones, qui doivent rester synchronisées pour éviter les goulets d’étranglement.
- Le quai (quayside) : les portiques de quai (ship-to-shore, STS) déchargent et chargent les conteneurs. Chaque minute de navire à quai coûte cher à l’armateur.
- Le transport horizontal : les conteneurs vont du pied de grue au parc par cavaliers (straddle carriers), tracteurs ou véhicules à guidage automatique (AGV).
- Le parc de stockage (yard) : organisation des piles, gestion du temps de séjour (dwell time), mise à disposition des camions et des trains.
Pourquoi optimiser l’acconage ? Les leviers de performance
Le temps passé à quai est un coût critique pour les armateurs, d’autant que les très grands porte-conteneurs (ULCV) concentrent de gros volumes sur chaque escale. Le terminal doit donc maximiser la cadence des grues sans saturer le parc. Notre guide sur la gestion des terminaux portuaires détaille ces arbitrages.
Réduire les mouvements improductifs
Quand un conteneur doit être déplacé pour en atteindre un autre empilé dessous, le terminal subit un « shuffle move », sans valeur ajoutée. Le pré-marquage (pre-marshalling) prépare les piles dans l’ordre de chargement du navire et limite ces gestes.
Synchroniser les flux terrestres et maritimes
Un acconage efficace ne s’arrête pas au quai. Les systèmes de rendez-vous camions (Truck Appointment Systems), le rail et le fluvial évitent l’engorgement des accès aux heures de pointe. Notre analyse de la congestion au port de Radès illustre ce que coûte une mauvaise synchronisation.
Innovations : TOS, automatisation et électrification
- Systèmes d’exploitation de terminal (TOS) : les logiciels planifient en temps réel l’affectation des engins et anticipent les arrivées de navires grâce à des algorithmes d’optimisation. Voir TOS portuaire : définition, modules et mise en œuvre.
- Automatisation : portiques de parc automatisés (ASC, RMG) et véhicules autonomes régularisent les flux et renforcent la sécurité. Voir notre article sur le port intelligent.
- Électrification et décarbonation : engins électriques et raccordement des navires à quai (cold ironing). Dans l’Union européenne, le règlement AFIR impose aux ports du réseau transeuropéen de proposer l’électricité à quai aux porte-conteneurs et aux navires à passagers d’ici 2030 (ESPO, via Hellenic Shipping News).
Un port de référence en Méditerranée : Tanger Med
| Port | Donnée récente | Enseignement pour l’acconage |
|---|---|---|
| Tanger Med (Maroc) | 11,1 millions d’EVP en 2025, soit +8,4 % (Tanger Med Port Authority, 2026) | La hausse est liée à l’extension du terminal TC4 : la capacité de quai et de parc se planifie en amont. |
| Radès (Tunisie) | Trafic de conteneurs en hausse de 17 % au premier semestre 2024 (L’Économiste Maghrébin, 2024) | Une croissance rapide sur un port unique accentue la pression sur les terre-pleins. |
L’acconage en Tunisie : où en est-on ?
Le trafic conteneurisé tunisien passe en grande partie par le port de Radès, où le premier semestre 2024 a affiché une hausse de 17 % des conteneurs par rapport à la même période de 2023. Cette concentration rend les enjeux d’acconage très concrets : temps de séjour, saturation du parc, accès routiers. Pour le cadre légal et les acteurs, consultez Acconage en Tunisie : définition, cadre légal et acteurs. Le projet de port en eau profonde d’Enfidha, relancé en 2025, doit élargir la capacité du pays, mais son calendrier reste incertain (AllAfrica, avril 2025).
Feuille de route : moderniser l’acconage en trois horizons
COURT TERME · 0 À 12 MOIS
- Mesurer le temps de séjour et les mouvements improductifs.
- Mettre en place un rendez-vous camions.
MOYEN TERME · 1 À 3 ANS
- Déployer ou moderniser le TOS.
- Pré-marquer les blocs selon le plan de chargement.
LONG TERME · 3 ANS ET PLUS
- Automatiser les zones à fort volume.
- Électrifier les engins et équiper les quais.
Questions fréquentes sur l’acconage
Quelle est la différence entre acconage et manutention ?
La manutention désigne les opérations côté bord (chargement, déchargement, arrimage). L’acconage désigne les opérations côté terre (réception, stockage, garde, livraison). Les deux sont souvent assurés par la même entreprise.
Que fait un acconier ?
L’acconier reçoit les marchandises sur le terminal, les pointe, les stocke, en assure la garde puis les remet au destinataire ou au transporteur. Il coordonne aussi les engins, les équipes et les rendez-vous des camions.
Comment sont calculés les frais d’acconage ?
Les frais d’acconage suivent la grille tarifaire du terminal. Ils varient selon la nature de la marchandise (conteneur, vrac, véhicule), l’unité retenue (conteneur, tonne, colis) et la durée de stockage au-delà de la franchise. Le tarif exact se demande à l’acconier du port concerné.
L’automatisation va-t-elle remplacer l’acconage traditionnel ?
Non, elle le transforme. Les portiques de parc automatisés et les véhicules autonomes régularisent les flux, mais les métiers de planification, de contrôle et de maintenance gagnent en importance.
Conclusion : l’acconage, moteur de l’attractivité portuaire
L’acconage ne se résume pas à la force mécanique de manutention. En combinant pré-marquage, TOS, automatisation ciblée et coordination avec les transporteurs terrestres, l’acconier assure la fluidité et la fiabilité de la chaîne logistique.
Et vous ? Dans votre port ou votre terminal, quel est aujourd’hui le premier goulet d’étranglement : le quai, le transport horizontal ou le parc ?
Sources : Tanger Med Port Authority, bilan de l’activité portuaire 2025 (février 2026) ; L’Économiste Maghrébin (août 2024) ; AllAfrica (avril 2025) ; ESPO via Hellenic Shipping News (règlement AFIR). Données arrêtées au 5 novembre 2026.

