La Tunisie, située au croisement des routes maritimes de la Méditerranée, possède un potentiel portuaire stratégique unique. Pourtant, malgré cet atout géographique, son secteur portuaire peine à réaliser tout son potentiel. La modernisation des infrastructures est devenue une priorité absolue afin de renforcer la compétitivité économique, dynamiser les échanges commerciaux et attirer des investissements étrangers. Explorons ensemble les défis actuels auxquels font face les ports tunisiens, leur chemin vers la modernisation grâce aux nouvelles technologies, et le rôle clé de l’économie bleue dans cette transition.
Le point sur les ports tunisiens : forces et faiblesses
La Tunisie compte plusieurs ports majeurs, tels que Radès, La Goulette, Sfax, Bizerte et Zarzis, qui jouent un rôle vital dans l’économie nationale. Ces ports traitent près de 98 % du commerce extérieur du pays. Mais, bien que stratégiquement positionnés, ils accusent un certain retard en termes de modernisation.
Des infrastructures à bout de souffle
Les ports tunisiens souffrent d’infrastructures vieillissantes et d’une congestion chronique, notamment au port de Radès, le plus grand du pays. Les équipements de manutention sont obsolètes et les capacités de stockage limitées. Cela entraine des retards considérables dans le traitement des marchandises, nuisant directement à la compétitivité de la Tunisie sur la scène internationale.
Malgré ces défis, le projet du port en eaux profondes d’Enfidha offre une lueur d’espoir. Ce port pourrait permettre à la Tunisie de rivaliser avec d’autres plateformes portuaires modernes, capable de traiter des navires de plus grande taille et un volume de marchandises accru.
Les grands défis de la modernisation
Les défis logistiques et structurels
Le manque de coordination entre les différents acteurs des ports tunisiens entraîne des retards et une inefficacité dans la gestion des marchandises. La modernisation des infrastructures, en plus de souffrir de cette gestion défaillante, est aussi freinée par le manque de moyens financiers. Le gouvernement peine à mobiliser les fonds nécessaires pour des modernisations à grande échelle. L’absence d’une stratégie claire pour les partenariats public-privé retarde également ces efforts.
Insuffisance de la collaboration public-privé
La modernisation des ports tunisiens nécessite une meilleure collaboration entre le secteur public et privé. Or, cette synergie est souvent entravée par des divergences d’intérêts et des réglementations lourdes. Pour encourager l’investissement étranger, il est crucial que la Tunisie simplifie ses procédures et offre des garanties solides aux investisseurs.
La technologie au service de la modernisation
Digitalisation, automatisation et diagnostic
L’introduction de solutions numériques, comme les systèmes de gestion de terminaux (TOS) et les plateformes de suivi des flux de marchandises, est un élément indispensable pour moderniser les ports. La digitalisation des processus pourrait réduire significativement les délais et minimiser les erreurs humaines. Bien que des initiatives, telles que l’adoption de guichets uniques électroniques, aient déjà été lancées, des efforts supplémentaires sont nécessaires pour atteindre un niveau de performance optimal.
Le projet TOS au port de Radès, en partenariat avec le fournisseur NAVIS pour le système SPARCS N4 et GOS pour les portes (gate) de ORBITA, a démarré en décembre 2019. Toutefois, des lobbies syndicaux et une direction générale défaillante ont mis fin à cette initiative en licenciant le chef de projet malgré des résultats prometteurs. Cependant, les lobbies qui ont arrêté ces démarches sont toujours présents et puissants, et il est crucial de prendre des décisions fermes pour aller de l’avant.
L’automatisation, quant à elle, permettra d’augmenter la productivité et de réduire la congestion. Cela nécessite cependant des investissements initiaux significatifs, qui pourraient être financés par des partenariats avec des entreprises technologiques internationales.
L’économie bleue et les ports verts : une vision durable
Initiatives écologiques et durables
Le concept d’économie bleue, qui vise une exploitation durable des ressources marines, commence à prendre racine en Tunisie. Des efforts sont déployés dans certains ports, comme à Radès, pour réduire les émissions de gaz à effet de serre et traiter les eaux usées. Toutefois, ces initiatives restent embryonnaires et doivent être renforcées pour que le pays puisse véritablement s’engager dans la transition écologique.
Une stratégie de développement durable
Moderniser les ports avec des pratiques durables permettrait à la Tunisie d’améliorer son image sur la scène internationale et d’attirer des investisseurs sensibles à la responsabilité sociétale des entreprises. La transformation écologique des ports pourrait également créer de nouveaux emplois, notamment dans le secteur des énergies renouvelables.
Une vision à long terme pour la compétitivité
Pour que la Tunisie devienne un acteur incontournable du commerce maritime international, il est impératif d’adopter une stratégie de modernisation à long terme s’appuyant sur l’innovation technologique, la durabilité environnementale et la coopération internationale. Des technologies telles que l’intelligence artificielle et la blockchain pourraient transformer les ports tunisiens en hubs logistiques modernes, tout en respectant des normes environnementales rigoureuses.
En dépit des défis actuels, les opportunités pour la Tunisie sont immenses. La modernisation des infrastructures portuaires est non seulement un enjeu économique, mais aussi une chance de se repositionner sur la scène mondiale, avec des ports plus verts, plus modernes, et plus efficaces.